Les caractéristiques des démocraties et la volatilité de la croissance économique

Publié le 21 janvier 2019 Mis à jour le 21 janvier 2019
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le 21 janvier 2019

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Les caractéristiques des démocraties et la volatilité de la croissance économique


Notre article montre la présence d’hétérogénéité dans l’effet des différentes formes de démocratie sur la volatilité de la croissance économique.


Une large littérature analyse la relation entre démocraties et croissance économique, motivée notamment par l’existence de résultats théoriques contradictoires. En effet, la démocratie peut réduire la croissance économique, notamment à cause des effets distorsifs des politiques de redistribution. Cependant, la démocratie peut également promouvoir la croissance économique, à travers son effet favorable sur l’éducation, les biens publics ou le fait de contraindre la capacité des politiques à absorber les opportunités économiques les plus lucratives. Compte tenu de ces résultats contradictoires, il est peu étonnant d’observer l’absence de consensus dans les travaux économétriques s’intéressant à l’effet de la démocratie sur la croissance.
A l’inverse, il existe plus de consensus quant à la capacité des démocraties à réduire la volatilité de la croissance économique par rapport aux autocraties. Cependant, d’après nos connaissances, aucune étude n’a analysé en détail les institutions politiques précises pouvant être à l’origine de cet effet stabilisateur des démocraties.

En utilisant un large panel de 140 pays sur la période 1975-2007, nous avons décomposé l’effet global des démocraties sur la volatilité de la croissance économique selon cinq dimensions institutionnelles, considérées jusqu’à présent dans la littérature sur l’économie constitutionnelle parmi les caractéristiques les plus représentatives des régimes démocratiques, à savoir : les formes de gouvernement, les règles électorales, les formes d’État, le nombre de joueurs ayant le droit de veto (« veto players ») et l’âge des démocraties. Nos résultats confirment que que les démocraties réduisent de manière significative la volatilité de la croissance économique par rapport aux dictatures, mais ils montrent aussi que les caractéristiques des institutions sont d'une importance cruciale pour comprendre l'effet stabilisateur des régimes démocratiques.
Premièrement, bien que les gouvernements parlementaires et semi-présidentiels soient associés à une plus forte réduction de la volatilité de la croissance économique par rapport aux dictatures, leurs effets ne sont pas statistiquement différents de ceux des gouvernements présidentiels. Cela suggère des gains limités en termes de réduction de la volatilité de la croissance économique par rapport aux dispositions constitutionnelles associées aux formes de gouvernement : l'ampleur de la séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif ne réduit pas davantage la volatilité de la croissance par rapport aux dictatures. Deuxièmement, la réduction de la volatilité de la croissance liée aux règles électorales proportionnelles est nettement plus forte que l'effet stabilisant des règles électorales majoritaires et mixtes, ce qui suggère qu'une forte inclusion du processus de prise de décision politique est particulièrement pertinente en ce qui concerne la volatilité de la croissance économique. Troisièmement, contrairement aux États fédéraux, les États unitaires sont associés à une diminution significative de la volatilité de la croissance économique par rapport aux dictatures. Par conséquent, une séparation limitée du pouvoir entre le gouvernement central et les autorités locales semble être un facteur important pour réduire la volatilité de la croissance économique des dictatures. Quatrièmement, il n’est pas constaté de corrélation significative entre l’augmentation du nombre de joueurs disposant du droit de veto et l’âge des démocraties, ce qui suggère que le nombre d’acteurs politiques impliqués dans le processus de décision politique et une longue expérience des institutions démocratiques pourraient probablement ne pas faire partie des caractéristiques institutionnelles aidant à comprendre pourquoi les démocraties affichent moins de volatilité de la croissance que les dictatures. Ces résultats sont confirmés par un grand nombre de tests de robustesse qui prennent en compte des mesures alternatives de volatilité de la croissance économique et des régimes politiques, différentes sources d’hétérogénéité non observée, la présence de valeurs aberrantes dans la volatilité de la croissance et l’influence de déterminants supplémentaires de cette volatilité
Enfin, en utilisant ces résultats comme référence, nous explorons une source importante d’hétérogénéité dans la relation entre les formes de démocratie et la volatilité de la croissance, liée au niveau de développement économique des pays. Nous constatons un effet stabilisateur des diverses formes de démocratie plus marqué dans les pays développés que dans les pays en développement. De plus, alors que les résultats pour les pays en développement sont assez comparables à ceux de l’ensemble de l’échantillon, nous montrons que, dans les pays développés, les États tant unitaires que fédéraux réduisent de manière significative et comparable la volatilité de la croissance économique. Nous constatons en outre que le nombre de joueurs disposant du droit de veto et l’âge de la démocratie sont associés à une diminution significative de la volatilité de la croissance par rapport aux dictatures.
Dans l’ensemble, notre analyse souligne l’importance de prendre en compte les spécificités institutionnelles des démocraties susceptibles d’expliquer leur effet favorable sur la volatilité de la croissance économique, comme cela est défendu par la littérature existante. En effet, toutes les formes de démocratie ne sont pas associées à une réduction significative de la volatilité de la croissance économique par rapport aux dictatures et, lorsqu'elles le sont, l'ampleur de leurs effets peut présenter des différences significatives. Par conséquent, la structure institutionnelle des démocraties pourrait ne pas être neutre pour la stabilité de la croissance économique et, éventuellement, pour la trajectoire de développement des pays.