Publié le 25 août 2026 – Mis à jour le 25 août 2026
Série d'été. Comprendre les comportements pour développer des politiques publiques inclusives.
Yannick Malalanirina est doctorante en sciences économiques de l'Université Clermont Auvergne. Elle prépare sa thèse au sein de notre laboratoire. Elle s'intéresse principalement à l'étude du rôle du genre dans l'éducation et l'emploi et des violences sexuelles et sexistes (VSS). Elle réfléchit aux actions que les Etats et tous les autres acteurs pourraient mettre en place pour rendre les sociétés plus inclusives.
Elle répond à nos questions sur son expérience récente au sein de l'OCDE.
Cette année, tu as eu la chance de rejoindre l'OCDE pendant plusieurs mois. Raconte-nous
Je viens de terminer un stage de recherche de longue durée au sein de l’Inclusive Development Partnerships Division du Centre de développement de l’OCDE. Je travaillais au sein de l’unité Genre et Développement, sous la supervision d’Hyeshin Park, Cheffe d'Unité. J’ai principalement contribué au projet sur les normes de la masculinité pour la publication phare de l'unité : le rapport Masculinité et égalité femmes‑hommes. Mon rôle consistait à analyser les données et à interpréter les résultats, afin de contribuer à structurer le message du rapport et à les traduire en visuels clairs et parlants. Je me suis aussi impliquée dans la rédaction du rapport et le développement de la base de données de l’OCDE sur la masculinité en Côte d’Ivoire. Et enfin, dans la préparation des supports de diffusion. J'ai ainsi participé à toutes les étapes. J’ai également contribué aux travaux préparatoires de la prochaine édition du SIGI, l’indice Institutions sociales et égalité des genres. Cette expérience vient compléter mon travail de thèse et m’apporte une autre perspective sur les enjeux liés aux politiques de luttes contre les inégalités femmes-hommes.
J’apprécie ces expériences en dehors du laboratoire, que ce soit le travail d’enquête, l’évaluation de projets ou les collaborations avec des acteurs de terrain. D'ailleurs, je participe à l’évaluation d’un programme de promotion de l’égalité des genres par le sport, Ampi’Zay, dans le cadre du projet PAIRES (AFD-IRD). Cela m’amène à partir régulièrement sur le terrain, à co-organiser et à superviser des enquêtes avec les partenaires locaux, et aussi à rencontrer directement les participants aux enquêtes. C'est l'occasion pour moi de confronter les questions théoriques de ma thèse aux réalités du terrain.
En parallèle, je donne des cours et des TD à l’université, et j’ai également eu l’occasion de co-animer un atelier avec des collégiens pour leur faire découvrir le métier de chercheur dans le cadre de la Fête de la science. Ce que j’aime dans mon quotidien, c’est justement de pouvoir passer d’un univers à l’autre : de l’analyse de données au terrain, de la recherche académique à la collaboration avec des institutions et des associations. Mais pas seulement, j'aime transmettre mes connaissances et donner le goût de la recherche en parlant de mon travail au grand public et aux jeunes. Cette variété d'activités rend mon travail particulièrement riche et stimulant. Oui, le doctorat, c'est des problèmes à résoudre, mais aussi de nombreux échanges...
Est-ce que tu peux revenir sur ton parcours universitaire ?
J’ai obtenu une licence à l’Université Catholique de Madagascar, avant de rejoindre Clermont-Ferrand pour préparer le Magistère de l’École d’Économie de l’UCA. C’est un programme exigeant qui m’a permis de suivre une formation approfondie en économie et de valider deux masters : analyse économique et analyse de projets de développement.
C’est pendant mes années de master que j’ai développé une passion pour la recherche. Je me suis progressivement tournée vers la microéconomie, une branche de l'économie qui cherche à comprendre les comportements et les décisions des individus. Ce qui me plaît dans cette approche, c’est qu’elle permet de combiner les outils économétriques et un travail très concret de collecte et d’analyse de données sur le terrain. Je cherche à comprendre les comportements individuels et à les quantifier. J'observe comment les politiques publiques sont mises en oeuvre et je mesure leurs effets sur les populations.
En sciences sociales, la mesure est un défi. Lorsqu’on travaille sur des comportements humains, tout n’est pas directement observable et mesurable. Par ailleurs, certains sujets sont particulièrement sensibles. Il faut trouver les bons outils pour rendre ces phénomènes visibles. Cette étape est essentielle : mieux mesurer et mieux appréhender une situation permet ensuite de mieux l’identifier, de mieux évaluer les politiques mises en place et, à terme, de contribuer à construire des réponses publiques plus adaptées.
C’est cette envie de mieux comprendre les réalités économiques et sociales à partir de données, tout en restant proche du terrain, qui m’a conduite en doctorat.
Cette année, le laboratoire fête ses 50 ans. Pourquoi avoir choisi ce labo ?
J’ai choisi de poser ma candidature à la bourse doctorale du PCDI parce que je souhaitais intégrer le CERDI, un laboratoire reconnu pour ses travaux sur les questions de développement et les enjeux économiques des pays du Sud à l'international. C’était pour moi un environnement particulièrement stimulant pour mener une thèse sur les questions de genre et de développement.
En master, j’ai fait connaissance avec certains membres de l’équipe qui travaillent sur ces sujets. J'ai eu envie de collaborer avec eux. Je suis aujourd’hui très heureuse de travailler sous la direction de Francesca Marchetta (UCA, CERDI) et Hugues Champeaux (GATE LSE, Université Jean Monnet Saint-Etienne) qui ont tous deux une grande expertise des problématiques de genre.
Cela m’a donné l'occasion de mener des recherches au plus près du terrain. À Madagascar, j’ai participé à des enquêtes de grande ampleur et à l’évaluation d'un programme. J'ai travaillé avec des équipes d'universitaires, ainsi qu'avec des professionnels du monde associatif, des ONG et de la société civile. Et aussi, j'ai eu un contact direct avec les personnes dont j'étudie les comportements et les choix. C'est passionnant !
C’est finalement cette diversité qui me plaît particulièrement au CERDI : pouvoir travailler sur des questions de recherche exigeantes, tout en restant connectée aux réalités du terrain et aux besoins des acteurs du développement.
C'est pour toutes ces raisons que je serai très heureuse de fêter les 50 ans du CERDI avec l'ensemble de l'équipe en octobre.
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