Publié le 21 août 2026 – Mis à jour le 21 août 2026
Série d'été. Vincent Kambou, spécialiste de la dette souveraine
Vincent Kambou est doctorant en sciences économiques, il rentre d'un séjour de recherche aux Etats-Unis. Il nous parle de cette expérience qui lui a permis de rejoindre un des plus grand centre de recherche américain travaillant sur les questions de développement international.
Cette année, tu as eu la chance de rejoindre l'université de Boston. Pourquoi ?
Oui, j’ai eu la chance d’effectuer un long séjour de recherche à Boston, au Global Development Policy Center de l'Université de Boston. J’ai été accueilli par l’équipe de la Global Economic Governance Initiative (GEGI), qui dispose d’une expertise reconnue sur les questions de gouvernance économique et de politiques financières internationales.
Durant ce séjour, j’ai notamment travaillé sur les besoins de financement de la balance des paiements de 74 pays particulièrement exposés aux chocs climatiques. L’objectif était de mieux comprendre comment les évènements extrêmes peuvent détériorer les comptes extérieurs de ces pays et accroître rapidement leurs besoins de liquidité externe. Ces travaux ont contribué aux réflexions menées avec les pays du V20, le club des 20 pays les plus vulnérables autour de la création d’une « lifeline », c’est-à-dire un mécanisme permettant d’apporter rapidement des financements aux pays les plus fragiles en prenant compte leurs besoins de rééquilibrage de leur balance des paiements lorsqu’ils sont confrontés à des chocs majeurs. C’est particulièrement satisfaisant de voir que mon travail de recherche peut directement nourrir les discussions sur la politique économique à mener et contribuer à faire émerger des solutions concrètes.
J’ai également développé un projet complémentaire consacré à la transparence budgétaire et à ses implications sur l’accumulation des arriérés de dette souveraine. L’ensemble de ces travaux s’inscrit directement dans le cœur des travaux que je mène dans le cadre de ma thèse.
Ce séjour intervient également à un très beau moment de mon parcours puisque l’un des chapitres de ma thèse, coécrit avec Chiara Ferrero et Kady Keita, vient de paraître dans la collection des Working Papers du FMI. Nous nous intéressons à la manière dont la composition de la dette et la séniorité des différents créanciers influencent le risque souverain. L’un des principaux enseignements est que, au-delà du niveau global d’endettement d’un pays, l’identité des créanciers et la structure de la dette jouent également un rôle important dans la perception du risque souverain et les conditions de financement auxquelles le pays fait face.
Est-ce que tu peux revenir sur ton parcours universitaire ?
Je suis titulaire de deux masters, un master en économie du développement de l'Université d'Abidjan et un master en finances publiques de l'Ecole d'Economie de l'Université Clermont Auvergne, ainsi que d'un diplôme d'aptitude à l'enseignement des mathématiques obtenu en Côte d'Ivoire dans le cadre d'un programme gouvernemental. J'ai poursuivi en doctorat au CERDI. Samuel Guérineau (UCA) et Marin Ferry (Université Gustave Eiffel) encadrent mon travail de recherche.
Je consacre mon travail de recherche à la soutenabilité de la dette, les restructurations de dette et les effets macroéconomiques des chocs exogènes, en particulier les chocs climatiques, sur la viabilité de la dette des pays en développement.
Cette année, le laboratoire fête ses 50 ans. Pourquoi avoir choisi ce labo ?
Je suis très heureux d’avoir choisi le CERDI. Depuis le début de mon doctorat, je bénéficie d’un soutien constant de mes directeurs de thèse, et aussi, d’un environnement scientifique particulièrement stimulant.
Mon choix du CERDI s’inscrit aussi directement dans la continuité de mon parcours professionnel. Avant de commencer ma thèse, j’ai eu l’opportunité de travailler chez FINEXEM Emerging Markets, un cabinet de conseil spécialisé notamment dans les problématiques de dette souveraine. Je suis arrivé au moment où l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) a été mise en place, à la suite de la crise de la Covid-19. A ce moment-là, de nombreux pays en développement étaient confrontés à des tensions croissantes sur leur dette. Certains faisaient face à une crise de liquidité, d'autres devaient trouver des solutions pour retrouver leur solvabilité.
Cette expérience a considérablement renforcé mon intérêt pour les questions de dette souveraine, de soutenabilité de la dette et, plus largement, de financement du développement. Elle a donc naturellement conforté mon choix du CERDI, dont l’expertise historique sur les problématiques de financement du développement, de dette et de vulnérabilité des pays en développement correspondait pleinement aux questions de recherche que je souhaitais approfondir. Je serai très heureux de participer aux célébrations des 50 ans du laboratoire, le 7 octobre prochain.
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