Patrick Plane, Directeur de recherche émérite CERDI, CNRS, Directeur de thèse Silvia Nenci, Professeur, Université de Roma Tre, Rapporteure Giorgia Giovannetti, Professeur, Université de Florence, Rapporteure Simone Bertoli, Professeur, CERDI, UCA, Examinateur Chahir Zaki, Chaire de professeur junior LÉO, Orléans, Co-directeur de thèse Andrew Berg, Directeur Adjoint, Fonds Monétaire International, Examinateur
Résumé
Cette thèse, structurée en trois chapitres, examine comment la politique de taux de change influence la participation des pays aux chaînes de valeur mondiales (CVM) ainsi que leur capacité à progresser au sein des réseaux internationaux de production. Elle analyse également dans quelle mesure l’intégration dans les CVM se traduit par
des retombées de développement plus larges, notamment en matière de transformation structurelle et d’autonomisation économique des femmes. En mobilisant des analyses aux niveaux macroéconomique, sectoriel et des entreprises, la thèse apporte de nouveaux éclairages sur les déterminants de la participation aux CVM, les dynamiques de montée en gamme et leurs implications pour un développement plus inclusif.
Le chapitre 1 évalue l’impact de la politique de taux de change sur la participation des pays aux CVM, tant en amont qu’en aval, en mettant l’accent sur deux facteurs modérateurs : la qualité des institutions et le niveau de digitalisation. L’analyse repose sur la base de données EORA, couvrant 143 pays sur la période 1995–2018. Les résultats montrent qu’une sous-évaluation de la monnaie exerce un effet positif sur ces deux formes de participation aux CVM. Conformément à un courant récent de la littérature, la sous-évaluation agit comme un mécanisme compensatoire pour les pays caractérisés par des institutions relativement faibles. Par ailleurs, l’effet positif de la sous-évaluation se renforce à mesure que le niveau de digitalisation de l’économie augmente. Ces résultats demeurent robustes aux tests de robustesse.
Le chapitre 2 examine l’impact de la dépréciation bilatérale du taux de change réel (TCR) sur les liens en amont et en aval dans les CVM, ainsi que ses implications pour la montée en gamme. L’analyse s’appuie sur des données sectorielles issues de tableaux entrées-sorties multirégionaux (MRIO) pour l’Égypte sur la période 1995– 2022. Les résultats indiquent qu’une dépréciation du TCR favorise l’intégration dans les CVM à travers les deux types de liens, avec des gains plus importants en amont dans les secteurs primaires et en aval dans les secteurs de haute technologie. Toutefois, la dépréciation du TCR, prise isolément, ne génère pas de montée en gamme. Lorsque les effets d’apprentissage associés aux connaissances étrangères incorporées dans les intrants importés sont pris en compte à l’aide d’un indice de retombées de connaissances construit à cet effet, la dépréciation du TCR devient significativement associée à la montée en gamme. Ces effets sont particulièrement prononcés dans les flux de valeur ajoutée Sud–Nord et demeurent robustes à différentes spécifications.
Le chapitre 3 analyse l’impact de l’intégration des entreprises dans les CVM sur la participation des femmes au commerce international selon trois dimensions : la propriété féminine des entreprises, la présence de femmes aux postes de direction et l’emploi féminin. L’analyse repose sur des données au niveau des entreprises issues des enquêtes de la Banque Mondiale (WBES). Les résultats montrent que la définition de base de l’intégration aux CVM accroît la probabilité de propriété féminine, tandis que les deux définitions de CVM renforcent significativement l’emploi féminin. En revanche, la participation aux CVM est associée à une probabilité plus faible que des femmes occupent des postes de direction. L’analyse de l’hétérogénéité sectorielle révèle que les services, les secteurs intensifs en travail peu qualifié et les industries à faible intensité technologique constituent les principales sources d’emploi féminin. Les résultats indiquent également que les dispositions relatives au genre dans les accords commerciaux régionaux modèrent l’impact de l’intégration dans les CVM, en particulier en ce qui concerne l’emploi féminin. Enfin, l’analyse des mécanismes suggère que la formation sur le lieu de travail, la modernisation technologique et l’amélioration de l’accès au financement constituent des canaux clés par lesquels la participation aux CVM améliore la participation économique des femmes.
Mots-clés
Politique de taux de change, chaînes de valeur mondiales, analyse au niveau des entreprises, analyse sectorielle, commerce et genre, montée en gamme.