Claire Ricard, doctorante en économie du développement

Publié le 27 novembre 2020 Mis à jour le 27 novembre 2020
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le 27 novembre 2020

PHDOCTALK. Claire travaille sur les inégalités de genre et l’éducation au Maroc et à Madagascar.


Son parcours

Après deux années de prépa au lycée Juliette Récamier à Lyon, durant lesquelles elle découvre l’économie du développement, Claire poursuit ses études supérieures en intégrant le magistère de l’École d’économie, Université Clermont Auvergne (UCA) où elle suit le double parcours : analyse de projet et recherche.

Elle a très tôt voulu œuvrer pour l’éducation des filles dans le monde mais, ne s’imaginait pouvoir en faire son métier : « Quand j’ai découvert l’économie du développement je me suis dit que je pouvais concilier les deux ».

Alors qu’elle était en stage au Laboratoire de statistique appliquée à l’analyse et la recherche en économie (LASAARE) à Casablanca, Francesca Marchetta et Martine Audibert lui ont proposé un sujet de thèse qui correspondait à ses centres d’intérêts et envies. Après un échange avec Fouzi Mourji, son maître de stage (professeur à l’Université Hassan 2), qui est devenu un de ses directeurs de thèse, Claire a choisi de se tourner vers la recherche. 

Sa thèse

Dans sa thèse, Claire travaille sur les inégalités de genre et l’éducation au Maroc mais également à Madagascar.

Dans son premier chapitre, elle analyse l’influence de la reproduction sociale au Maroc. Elle cherche à savoir si la situation sociale, de la mère notamment, a un impact sur la scolarisation de ses enfants. Est-ce qu’une femme ayant été mariée jeune à tendance à moins scolariser sa fille pour qu’elle se marie jeune à son tour ? Va-t-elle inciter son fils à rentrer plus tôt dans le monde du travail ?

Dans son deuxième chapitre elle étudie le programme de transfert monétaire mis en place par le Ministère de l’éducation nationale marocain. Ce programme, débuté en 2008, consiste à donner une aide financière aux ménages à condition qu’ils scolarisent leurs enfants. Jusqu’en 2018, ce programme ciblait les communes rurales pauvres sans étude particulière des revenus des ménages concernés. Depuis le ministère a mis en place un ciblage individuel et non plus géographique pour atteindre un plus haut niveau d’équité. Suite à son analyse, Claire observe que l’effet sur la scolarisation est plus fort pour les filles qui sont moins sujettes à l’abandon scolaire grâce à cette aide financière.  L’effet sur l’apprentissage est plus compliqué à analyser, mais l’augmentation du nombre d’enfant par classe (en moyenne 29 enfants par classe au primaire), semble plus affecter les garçons que les filles.

Dans son troisième chapitre, Claire examine l’effet du rang dans une fratrie sur la vie de jeune adulte en terme d’éducation, d’emploi et de compétences. Elle se penche aussi sur l’effet que le rang a sur les compétences cognitives (la capacité à apprendre) et non cognitives (le savoir être).

Le Maroc

Claire réalise son doctorat en cotutelle entre l’UCA et l’Université Hassan 2 de Casablanca au Maroc et a passé sa deuxième année de doctorat sur place. Une de ses missions principales était la négociation de données auprès du Ministère de l’Education nationale marocain pour l’écriture de son deuxième chapitre. Cela l’a conduite à faire plusieurs rencontres passionnantes et enrichissantes au sein du ministère, notamment des cadres travaillant sur l’éducation, son domaine de recherche.

Lors de son séjour, elle a eu la possibilité de pouvoir échanger régulièrement avec la personne chargée de tous les programmes d’appui sociaux au sein du ministère de l’éducation mais également l’équipe qui gère le système d’information. Elle a donc eu l’opportunité de constater les applications concrètes mises en œuvre pour réduire les inégalités de genre en termes d’éducation dans le pays.

Au fil de ces rencontres et de ces nombreux échanges souvent informels, de vrais liens humains se sont tissés avec le personnel du ministère : « J’ai rencontré des amis au final ».

Et après ?

En 2020, Claire a participé à Ma thèse en 180 secondes. Lors de ce concours national de vulgarisation scientifique, les doctorants doivent présenter et expliquer leurs recherches pour qu’elle soient comprises de tous, quel que soit son niveau d’étude. En participant à ce concours, Claire voulait sortir de sa zone de confort et prendre du recul sur son travail et aussi présenter son sujet de recherche à des novices, des gens qui ne sont pas issus du monde de la recherche, son entourage, et qu’ils le comprennent.  Même si elle n’est pas montée sur le podium, elle en est sortie plus confiante sur son travail, ses capacités, et avec un regard neuf sur sa thèse. « Je suis aussi fière de ne pas m’être ridiculisée ».

Par la suite, Claire envisage de travailler dans une institution internationale ou une association qui traite des inégalités de genre et d’éducation. « Tant que le sujet sur lequel je travaille me plaît, ça peut être avec n’importe qui ».

Claire a récemment contribué à la rédaction d’un chapitre (co-écrit avec Fouzi Mourji et Macoura Doumbia) d’un ouvrage de la Banque africaine de développement qui examine le lien entre la migration, les transferts de fonds et le développement durable en Afrique. Dans ce chapitre, issu de son travail avec Fouzi Mourji lors de l’un de ses stages, elle s’intéresse à l’insertion sociale et professionnelle des migrants d’Afrique Subsaharienne au Maroc.