Vianney Dequiedt, professeur des universités, Université Clermont Auvergne, directeur de thèse. Pierre-Guillaume Méon, professeur des universités, Université Libre de Bruxelles, rapporteur. Mathieu Couttenier, professeur des universités, École normale supérieure de Lyon, rapporteur. Michael Goujon, professeur des universités, Université Clermont Auvergne, co-directeur de thèse. Emmanuelle Lavallée, maîtresse de conférences, Université Paris-Dauphine, examinatrice. Takady Mamadou Konate, docteure, World Bank, examinatrice. Hervé Lohoues, docteur, African Development Bank, examinateur. Samuel Guérineau, professeur des universités, Université Clermont Auvergne, examinateur.
Résumé
Cette recherche doctorale examine comment différentes dimensions de la fragilité — telles que les conflits, l’instabilité politique et la vulnérabilité économique — affectent la performance macroéconomique. En combinant des méthodes économétriques avancées avec une analyse orientée vers les politiques publiques, ce travail contribue à une meilleure compréhension de la manière dont la fragilité freine le développement.
Le chapitre 1 analyse la relation entre les dépenses militaires et l’intensité des conflits armés en Afrique subsaharienne. Étant donné l’effet dissuasif de ces dépenses, notre hypothèse de base est qu’une augmentation marginale des dépenses militaires devrait réduire l’intensité des conflits armés. Nous utilisons un modèle probit dynamique, et les résultats montrent que les dépenses militaires réduisent effectivement l’intensité des conflits. Elles diminuent significativement les conflits de faible intensité, davantage que ceux de forte intensité. De plus, l’efficacité des dépenses militaires dépend de leur niveau et de la qualité des institutions. Enfin, l’analyse des canaux de transmission indique que les dépenses militaires influencent l’intensité des conflits principalement par le biais des capacités militaires.
Le chapitre 2 évalue l’impact de l’instabilité politique, en particulier des coups d’État, sur la performance macroéconomique. À partir d’une base de données couvrant 192 pays sur la période 1970–2023 et en utilisant la méthode de l’équilibrage par entropie (entropy balancing), nous montrons que les coups d’État réduisent la croissance du PIB d’environ 2,3 points de pourcentage, avec un effet persistant dans le temps. Les résultats suggèrent également que les coups d’État réussis ont des effets économiques plus marqués que les coups manqués, et que ces effets sont plus importants dans les pays à faible revenu, notamment en Afrique subsaharienne. Les coups d’État affectent la consommation privée et l’investissement, mais il existe peu de preuves d’un impact sur les indicateurs monétaires. Enfin, les sanctions économiques imposées après un coup d’État apparaissent comme une raison importante de la baisse de la croissance.
Le chapitre 3 examine comment les pays africains se redressent économiquement après un conflit interne, en s’attachant aux problèmes d’endogénéité liés à la causalité inverse. En utilisant la méthode de l’équilibrage par entropie, nous trouvons des preuves d’un effet de rattrapage économique durant la période post-conflit. L’analyse des canaux de transmission révèle que l’augmentation de l’investissement, de la consommation et du commerce constitue les principaux moteurs de la reprise économique post-conflit. L’impact cumulé sur la croissance est estimé à 2 points de pourcentage la première année, n’augmentant que légèrement pour atteindre 2,5 points de pourcentage la cinquième année. Cette faible hausse de 0,5 point sur cinq ans indique que la croissance post-conflit demeure volatile et peu durable, reflétant les effets persistants du conflit.
Mots-clés
Fragilité, conflit armé, coup d'État, résilience, dépenses publiques, pays en développement.