Entretien avec Pierre Etienne et Christine Fournioux
A l’occasion des 50 ans du CERDI, nous avons souhaité échanger avec le président et la trésorière de l’association CERDI Alumni. Nous évoquons avec eux : le rôle de l’association, leurs souvenirs d'étudiants, et aussi, pourquoi ce réseau compte autant pour eux.
Est-ce que vous pourriez vous présenter ?
Pierre Etienne : Je suis associé du cabinet Phoenix que j’ai cofondé. Nous intervenons dans les pays en développement aux côtés des institutions internationales et des autorités locales sur des projets liés aux services publics, notamment l’accès à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie, à la gestion des déchets et au développement urbain.
J’ai obtenu le magistère de développement économique en 1994. Nous validions alors un DESS et un DEA (aujourd’hui, master pro et master recherche) en économie du développement et en analyse de projet. Je suis président de CERDI Alumni, l’association des anciens étudiants et étudiantes depuis 2022. L’association est relativement récente puisqu’elle a été créée en 2018. J’ai été précédé dans ces fonctions par Gérald Collange qui est un de ceux qui ont œuvré à sa création.
Christine Fournioux : Je suis directrice des politiques contractuelles et de l'alliance des territoires de Clermont Auvergne Métropole. À ce titre, j’assure le suivi de la contractualisation des financements avec l’État, la Région ou le Département pour les projets de la métropole. Ma direction est également chargée de l’alliance des territoires, à savoir le relationnel et les partenariats avec les collectivités et organismes du territoire sur les sujets transversaux comme les politiques d’aménagement et de mobilité. La Métropole pilote, par exemple, un contrat avec l'État visant à revitaliser les centres-villes par l'aménagement, le soutien à l'économie de proximité et le développement de l'habitat.
J’ai suivi le même parcours que Pierre à l’université et au CERDI, j’ai obtenu un double diplôme, le DEA en économie du développement (master recherche) et le DESS (master pro, aujourd’hui) en analyse de projet en 1986.
Parlez-nous de l’association CERDI Alumni ?
Une association récente
Pierre Étienne et Christine Fournioux, entourés par Christophe Reilhac, Michaël Goujon, Samuel Guérineau et Christophe Barat.
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Christine Fournioux : Je suis trésorière depuis sa création. Nous étions un petit groupe d’anciens étudiants qui étions restés en contact. On était tous d’accord, le CERDI se devait d’avoir un réseau d’alumni comme toutes les grandes écoles.
La vocation internationale du CERDI fait que la plupart des anciens font carrière en Afrique, aux États-Unis et un peu partout dans le monde. Je trouvais aussi que le laboratoire était méconnu localement. Peu de décideurs savent que nous avons un centre de recherche en économie à Clermont qui rayonne à l’international. Selon moi, il est important pour eux de connaître les atouts de leur territoire et je considère que le CERDI en fait partie.
Pierre Etienne : Je n’ai pas participé au lancement de l’association, j'ai rejoint le bureau, puis je suis
devenu président parce que je trouvais l'initiative intéressante et même nécessaire. Il ne faut pas oublier de mentionner ceux et celles qui ont contribué à son lancement avec Gérald et Christine. Je pense notamment à Catherine Araujo Bonjean, Cécile Vernes-Daubrée, sans oublier nos vice-présidents, Christophe Reilhac et Ibrahima Sar qui coordonne aussi les activités de l'antenne de Dakar.
À titre personnel, j’ai toujours regretté d’avoir perdu de vue les gens que j’avais côtoyés pendant trois ans. J’ai terminé mes études à une époque où l'on n’avait pas les réseaux sociaux pour rester en contact. On partait presque tous à l’étranger. On se perdait de vue rapidement, puis on se retrouvait un peu par hasard, lors de nos missions ou quand on s’installait dans un pays et que l'on tombait sur d’anciens camarades de promo. J'ai croisé des anciens dans des aéroports, lors de réunions professionnelles, etc. C'est l'une des raisons pour lesquelles je considère que l’existence de l’association CERDI Alumni est importante. Elle nous permet d'entretenir les liens grâce à des outils qui n’existaient pas à l’époque.
J’ai repris le flambeau quand Gérald Collange a voulu passer la main en 2022. Mon action reste dans le même esprit : continuer à entretenir les liens déjà tissés au cours des décennies précédentes, promouvoir la formation et transmettre notre expérience, faciliter l’intégration des nouvelles générations, créer des ponts entre les différentes « communautés » : chercheurs, professionnels, étudiants. Nous collaborons avec Sandra Gioux, Samuel Guérineau et Michaël Goujon (École d'Économie, CERDI, UCA) pour proposer des activités et des évènements comme le forum des professionnels, la cérémonie de remise des diplômes, des webinaires...
Comme le disait Christine, les formations et la recherche menées par le CERDI restent relativement méconnues dans le contexte franco-français, alors qu’elles sont très reconnues dans le monde du développement. L’idée, c'était que les anciens deviennent les ambassadeurs de l’établissement et accompagnent les jeunes qui souhaitent l’intégrer. Je suis régulièrement sollicité par des candidats qui souhaitent découvrir ces formations et savoir comment les intégrer. L’association contribue, elle aussi, à attirer des talents à Clermont.
Un réseau d’antennes dynamiques
Pierre Etienne : Nous avons actuellement plus de 1000 adhérents. Comme nous sommes dispersés un peu partout dans le monde, nous avons volontairement encouragé la création d’antennes qui sont des associations indépendantes même si nous entretenons des liens très forts avec elles. Nous avons aujourd’hui une douzaine d’Antennes. L’antenne de Dakar, pilotée par Ibrahima Sar, est une de nos plus grosses antennes. Yves Kokou a lancé, il y a peu, une antenne au Bénin qui est déjà très dynamique.
Nous avons de nombreux contacts avec les responsables d’antennes. Ils sont très actifs et proposent de nombreuses activités à leurs adhérents. Plusieurs antennes ont d’ailleurs organisé la première Journée africaine des réseaux Cerdi Alumni (JARCA) à Cotonou, en septembre dernier, dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de l'institution. Cela a été une belle réussite.
Christine Fournioux : Je tiens à citer un de nos membres les plus actifs, Christophe Reilhac qui a fait une très belle carrière dans la diplomatie. Il a créé notre antenne du Niger avec Oumarou Maazou. Christophe faisait vivre le réseau des anciens étudiants quand il était en poste en Mauritanie, au Gabon et au Burundi. C’est ce qui fait la force de notre réseau, avoir des ambassadeurs partout dans le monde qui contribuent au rayonnement du CERDI.
Accompagner les étudiants pendant leur formation et préparer leur insertion professionnelle
Forum des professionnels, octobre 2026.
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Pierre Etienne : Notre volonté, c’est de parler de notre expérience professionnelle, d’informer les jeunes sur les débouchés, de suggérer des contacts et de leur apporter des conseils pour bien mener leurs candidatures, etc. Nous souhaitons aussi leur montrer la diversité des débouchés en dehors des grandes institutions que tout le monde connaît comme la Banque mondiale, le FMI ou l'Agence française de développement. Oui, il y a d’autres opportunités. Je travaille depuis trente ans dans des bureaux d’études et de conseil. Mon voisin de bureau, c'est un ancien du CERDI. À ma sortie du Magistère, en travaillant dans le secteur privé après être passé par l’AFD, j'étais presque un ovni. C’est moins le cas maintenant. Comme Christine, qui, après un passage à la Commission européenne, a mené toute sa carrière dans les collectivités territoriales. Nous voulons montrer la diversité des carrières des anciens et des opportunités pour les nouveaux.
Christine Fournioux : Effectivement, je représente un peu la branche « collectivités territoriales » où il y a aussi beaucoup d’opportunités. L’idée pour nous, c’est de donner aux étudiants des clés, des conseils, des pistes, des contacts, et de les aider à se constituer un réseau.
Pierre Etienne : Je trouve parfois que l’université et le monde professionnel sont des mondes cloisonnés. Nous souhaitons faciliter les relations entre ces différentes communautés. Et aussi, dans une moindre mesure, participer un peu à la réflexion et contribuer à la diffusion des études et travaux académiques pour qu’ils puissent percoler en quelque sorte dans d'autres mondes, et notamment, auprès des professionnels du développement.
En conclusion : « Construire des ponts » entre les anciens, les nouveaux, les chercheurs et les professionnels, c’est cela la mission de notre association.
Quels sont les atouts des jeunes formés par le CERDI et l’École d’économie ? Pourquoi venir à Clermont-Ferrand pour étudier le développement international ?
Pierre Etienne : Beaucoup de choses ont changé depuis que j’ai obtenu mon diplôme. L'avantage, je dirais, c’est que nous étions de petites promos, vingt-cinq personnes à peu près en magistère, cela a créé des liens. Nous étions au 65 boulevard François Mitterrand, qui s'appelait boulevard Gergovie à l'époque. On formait un groupe soudé. Il y avait beaucoup de passerelles entre les différentes promotions. J'ai vraiment apprécié l'ouverture des uns aux autres, les discussions et les débats qu'on pouvait avoir. Quand on est jeune, on a plein d'idées, au CERDI, on pouvait échanger facilement entre étudiants, avec les doctorants et les enseignants-chercheurs. C'était stimulant. La formation était très exigeante, surtout la dernière année ! On avait aussi les bons moments où on se retrouvait pour faire la fête ensemble.
Christine Fournioux : Oui, nous n’étions pas très nombreux. On se connaissait bien. Le fait que la moitié des étudiants de la promo viennent d'universités africaines, c'était formidable. C’était l’occasion de découvrir leurs préoccupations, leurs cultures, etc.
Mon papa travaillait pour Michelin. J’ai voyagé dès ma plus tendre enfance. Nous avons vécu aux États-Unis et au Canada. Je cherchais une formation avec une composante internationale forte, c’est pour cela que j’ai choisi d’entrer en magistère. J’ai fait mon stage auprès de Robin Barlow, qui dirigeait le CRED, Center of Research on Economic Development, un centre de recherche de l’université du Michigan. J'en garde un souvenir formidable. C’était passionnant de découvrir le campus d’une université américaine avec ses bibliothèques ouvertes très largement, des salles pleines d’ordinateurs en libre-service, les colocations… Bref, la vie sur un campus américain. Le CRED travaillait sur l'Afrique, mon stage portait sur la question de l’eau au Sénégal, un sujet de préoccupation qui reste actuel. Ce stage était dans la ligne droite des cours d'économie du développement qu'on avait suivis. C’était une formation qui nous permettait de faire des expériences exceptionnelles.
Pierre Etienne : Quand on sort d’une formation comme le magistère, on a un profil généraliste. Il faut savoir que les employeurs – je suis un employeur – nous sommes un peu, comment dire, schizophrènes, c'est-à-dire qu'on attend quelqu'un qui soit directement opérationnel sur un sujet particulier, mais aussi adaptable et capable d'évoluer au sein de l'entreprise. Quand les étudiants sortent des masters du CERDI-École d'Économie, ils maîtrisent les soft skills : adaptabilité et ouverture, ils ont une sensibilité et une connaissance du monde en développement. D’autres formations sont peut-être plus pointues sur le plan technique, mais il leur manque cette sensibilité au monde en développement et à ses spécificités. Je conseille toujours aux étudiants de construire un parcours autour d’un sujet qui les intéresse à travers des stages, des mémoires, etc. Ils peuvent choisir une thématique de prédilection comme l'éducation, l’accès à l’eau ou le changement climatique. Ils pourront ainsi attirer l’attention des recruteurs et leur montrer qu’ils seront opérationnels sur une thématique spécifique. Ils sont parfois frileux à l'idée de recruter des profils généralistes même s’ils sont intéressés par la capacité d’adaptation et l'ouverture d’esprit de ces candidats. Ils savent qu’ils pourront les lancer sur de nouvelles thématiques et de nouveaux types de projets. Dans le monde du développement, il faut souvent prendre des chemins de traverse, ce qui est moins évident pour les profils plus techniques.
Christine Fournioux : Dans les collectivités territoriales, nous accueillons des étudiants de master en développement durable et en économie territoriale. Le CERDI travaille sur les questions liées au changement climatique et à la résilience des territoires. Nous avons besoin de personnes formées dans ces domaines. Je dirais que nous avons tous les mêmes problèmes que l’on soit en Afrique, en Chine ou en Europe. C’est ce qui fait la pertinence des enseignements du CERDI, une manière d’appréhender les choses, une connaissance commune, c’est un atout pour les étudiants.
Que représente le Pôle Clermontois de développement international (PCDI) selon vous pour la métropole clermontoise ?
Christine Fournioux : Le département, la région et la métropole ont soutenu financièrement l'installation du Global Development Network à Clermont afin de consolider et de renforcer le développement du PCDI. Comme je l’ai dit, c’est important pour la métropole d’appuyer la construction d’un réseau d'expertise qui aide à travers le monde.
Accueillir de nombreux étudiants étrangers à Clermont, cela permet de faire découvrir la région et de nouer des liens qui restent forts puisque les amitiés étudiantes perdurent dans le temps. Quand j’assiste à la cérémonie de remise des diplômes, je suis impressionnée : les parents et les familles viennent de loin pour ne pas rater cet évènement. C’est formidable pour le rayonnement de notre territoire. Ils découvrent la Chaîne des Puys, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO…
Christine Fournioux : Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres, c’est aussi pour cela que je suis impliquée dans l’association.
Christine Fournioux : En fait, les échanges se font dans les deux sens : nous accueillons des jeunes du monde entier et nous découvrons leurs cultures, nous restons en lien avec les anciens qui sont dispersés partout dans le monde. Je dirais que, pour moi, le CERDI nous propose de « faire communauté », c’est précieux. C’est l’économie – dans le bon sens du terme – à Clermont, on forme les jeunes à prendre soin des territoires pour que les populations puissent s’épanouir. C’est un but louable, je pense. J’ai assisté à une conférence organisée par le Global Development Network dans le cadre de la Clermont Innovation Week plus tôt cette année. Les intervenants ont expliqué que l'Afrique avait pris un tournant exceptionnel en termes de digitalisation de leurs économies. L’accès aux services peut être assuré malgré les distances et le manque d’infrastructures. Par exemple, le numérique a permis un accès plus large aux services bancaires, que ce soit en Afrique ou en Inde.
En conclusion, je dirais que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres, c’est aussi pour cela que je suis impliquée dans l’association. Avec Pierre, nous serons très heureux de rencontrer les anciens et les nouveaux étudiants lors de notre assemblée générale le 7 novembre prochain.
Rejoindre le groupe LinkedIn de l'association Cerdi Alumni.
Site de l’association : https://cerdialumni.org/.
Assemblée générale CERDI Alumni 2026
La prochaine assemblée générale se tiendra le samedi 7 novembre 2026, jour de la cérémonie de remise des diplômes des étudiants de l’école d’économie.
Christine Fournioux et Pierre Étienne présenteront le réseau et les activités proposés par l’association.
La cérémonie débutera à 17 h à l'UFR d'odontologie de l'Université Clermont Auvergne, 2 rue Braga 63100 Clermont-Ferrand.