Dividende démographique des flux migratoires dans les pays de l’OCDE

Publié le 7 février 2019 Mis à jour le 15 février 2019
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le 7 février 2019

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Dividende démographique des flux migratoires dans les pays de l’OCDE

Une nouvelle étude macroéconomique révèle que la migration internationale augmente la part de la population d’âge actif dans les pays de l’OCDE et produit un dividende démographique.

Les 19 principaux pays de l’OCDE accueillent aujourd’hui plus de 45% de l’ensemble des personnes immigrées dans le monde. Par ailleurs, la part des personnes immigrées dans la population de ces pays est passée de 7% en 1990 à 13% en 2017, et pourrait continuer à croître du fait de la pression démographique dans les pays du Sud. Parmi les inquiétudes économiques que cet accroissement suscite, l’effet sur les finances publiques apparait comme prédominant dans les enquêtes d’opinion, et notamment devant l’effet sur l’emploi des nationaux. Selon l'Enquête sociale européenne (2014)[1], parmi les natifs européens plutôt favorables à l’accueil de migrants provenant de pays plus pauvres non européens, 30 % croient que, dans l'ensemble, les immigrants profitent de plus de prestations sociales qu'ils ne contribuent aux recettes publiques (impôts et cotisations de Sécurité sociale payés), tandis que 18 % croient que les immigrants prennent généralement les emplois des travailleurs autochtones. Parmi ceux qui ne sont pas favorables à l’accueil de migrants, ces proportions sont respectivement de 61 % et 45 %. Ainsi, le sentiment qui prédomine est que les immigrés représentent une charge pour les économies des pays d’accueil.

Les auteurs de l’article ont évalué les effets causaux des flux migratoires sur le revenu moyen, le taux de chômage et le solde des finances publiques en utilisant les données annuelles de 19 principaux pays de l’OCDE entre 1980 et 2015. Ils ont adapté des méthodes d’évaluation des politiques macroéconomiques aux questions migratoires afin d’identifier les effets de la migration sur les variables économiques et fiscales tout en tenant compte des interactions entre l’ensemble des variables. Ces méthodes sont particulièrement adaptées pour prendre en considération la relation bidirectionnelle entre les flux migratoires et la situation économique des pays d’accueil. En effet, les flux migratoires sont susceptibles d’influencer la situation économique des pays d’accueil, mais également de réagir à l’évolution de cette situation.

Contrairement à la croyance répandue, l’article montre que les flux migratoires ont eu des effets économiques globalement bénéfiques sur l’économie des pays d’accueil : ils accroissent le revenu moyen, diminuent le taux de chômage et améliorent le solde des finances publiques. Les auteurs montrent que les flux migratoires conduisent à un accroissement de la part des personnes d’âge actif dans la population dont les conséquences économiques et fiscales sont bénéfiques, soit un dividende démographique engendré par la migration. Côté production, ils constatent un effet positif sur le taux d’emploi qui induit une augmentation du PIB par habitant. Cet effet est d’autant plus fort que la population du pays d’accueil est âgée. Côté finances publiques, la modification de la structure par âge de la population engendrée par la migration entraine une baisse des transferts publics par habitant. Certaines dépenses publiques augmentent, et notamment celles liées à la famille et à l’enfance, tandis que d’autres diminuent, et notamment celles liées aux retraites et aux dépenses affectées aux plus âgés. Au total, l’effet est positif et le solde des finances publiques s’améliore avec la migration. Un choc exogène qui augmente le flux de migrants permanents de 1 pour 1 000 habitants se traduit par une amélioration du solde budgétaire de 0,12 point de pourcentage du PIB jusqu’à deux ans après le choc.
La migration internationale est au cœur de multiples enjeux sociaux, culturels et géographiques. Elle est également source d’épineux problèmes diplomatiques en Europe. Ces derniers seraient en partie allégés si l’on parvenait à se débarrasser des idées reçues assimilant migrants et fardeau économique.

[1] European Social Survey Round 7 Data (2014). Data file edition 2.2. NSD - Norwegian Centre for Research Data, Norway - Data Archive and distributor of ESS data for ESS ERIC.