La demande de minutes de communication mobile

Publié le 23 juillet 2021 Mis à jour le 26 juillet 2021
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le 23 juillet 2021

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La demande de minutes de communication mobile

La demande de minutes de communication par téléphone mobile est plus sensible aux variations de prix dans les pays développés. Bien que cela paraisse à priori contre-intuitif, l’évolution du secteur des télécommunications, particulièrement dans les pays en développement, explique ce résultat. Les caractéristiques du secteur dans les pays développés entrent également en jeu.

L’OCDE, dans une analyse effectuée sur le Mexique en 2012, a conclu que la forte concentration du secteur des télécommunications aurait contribué à une hausse des prix préjudiciable au bien être des abonnés. Pour Hausman et Ros (2013) au contraire, les prix pratiqués au Mexique étaient bien inférieurs à la moyenne des tarifs sur l’échantillon d’étude et les consommateurs auraient connu une amélioration de leur bien-être. D’autres études ont montré que l’investissement dans les nouvelles technologies est plus décisif dans la baisse des tarifs que la concurrence qui a un effet limité dans le temps. Aussi, les agences de régulation de la concurrence devraient considérer d’autres facteurs importants comme les parts de marché et les élasticités-prix de l’offre et de la demande lors de la définition des politiques de régulation du secteur.

Pour d’autres auteurs, les opérateurs de téléphonie mobile tirent une rente de l’exploitation de leurs licences liée à une concurrence réduite. Cela implique qu’il pourrait exister une certaine entente entre les opérateurs et des défaillances dans le processus de régulation du secteur. Pour d’autres encore, l’élasticité-prix de la demande est un indicateur de l’incitation des opérateurs à s’allier. En effet, une forte baisse de la demande face à une hausse des prix désinciterait les opérateurs à s’entendre sur les prix en raison du risque associé au comportement non coopératif de certains opérateurs. Supposons qu’il y ait dans un pays trois opérateurs qui décident d’augmenter conjointement leurs tarifs à une date donnée. A cette date, deux opérateurs augmentent effectivement leurs tarifs alors que la troisième conserve les siens. La conséquence sera une forte diminution de la demande adressée aux deux premiers opérateurs au profit du troisième. L’élasticité-prix de la demande de communication est donc un facteur important dans l’analyse de la demande de services de télécommunications, du bien être des consommateurs, ainsi que du comportement des opérateurs.

La présente étude utilise des données d’opérateurs de téléphonie mobile sur la période 2000-2017, et a pour objectif d’analyser la dynamique de la demande de minutes de communication, dans les pays développés et en développement. De plus, nous étudions dans quelle mesure cette dynamique pourrait varier selon le niveau de développement des pays d’exploitation des licences, le niveau de développement des marchés, et certaines caractéristiques des opérateurs. Pour apporter des réponses à toutes ces questions et déterminer les élasticités à court et long terme, l’estimateur GMM en système qui permet de corriger le biais d’endogénéité est utilisé.

Les principaux résultats montrent que la demande de minutes d’appels par téléphone mobile est plus sensible aux variations de prix dans les pays développés que dans les pays en développement. Plusieurs facteurs expliquent cela. D’abord, le marché des abonnements mobiles par contrat post-payé est plus actif dans les pays développés. Dans ces marchés, lorsque les tarifs augmentent, les consommateurs tendent à opter pour un abonnement moins couteux avec une offre plus restreinte tout en restant chez le même opérateur. Il en résulte une diminution de la demande de minutes de communication. A l’inverse, dans les marchés dominés par les souscriptions prépayées où les consommateurs rechargent par crédits, ces derniers changent facilement d’opérateur pour garder le même niveau de consommation. De plus, dans les pays développés, les abonnés disposent d’autres options comme le téléphone fixe et l’internet, qui pourraient expliquer la forte élasticité observée.

Un autre résultat intéressant est que, pour les opérateurs des pays en développement, l'élasticité-prix de la demande diminue avec le niveau de pénétration du marché, alors qu'elle augmente pour ceux des pays développés. La demande de minutes de communication est donc plus sensible aux variations de prix sur les marchés les moins pénétrés des pays en développement et sur les marchés matures des pays développés. Les élasticités-prix élevées montrent que les opérateurs n'ont pas un intérêt évident à adopter un comportement collusif. En outre, au fil du temps, l'élasticité-prix de la demande a diminué pour les opérateurs des pays en développement. Ce qui souligne la nécessité d'actualiser les cadres réglementaires du secteur des télécommunications. De plus, lors de la formulation des politiques de régulation et fiscales, certains facteurs économiques importants, tels que le niveau de revenu et les caractéristiques du marché intérieur, devraient être pris en compte pour éviter les des pertes de bien-être des consommateurs. En conclusion, du fait de l’absence d'effet lié à la position des opérateurs ou à leurs parts de marché, il convient d’adopter une régulation homogène des prix pour tous les opérateurs d’un même marché.


Référence
Hausman, J. A., & Ros, A. J. (2013), "An econometric assessment of telecommunications prices and consumer surplus in Mexico using panel data", Journal of Regulatory Economics, 43(3), 284-304.