Démographie et part du travail dans le revenu

Publié le 10 décembre 2020 Mis à jour le 30 décembre 2020

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Démographie et part du travail dans le revenu


Les flux migratoires augmentent la part de travail dans le revenu national et ne contribuent pas à l’augmentation des inégalités dans les pays de l’OCDE.

Pour un grand nombre de pays développés, le solde naturel (i.e. la différence entre les naissances et les décès) a longtemps été plus important que le solde migratoire (i.e. différence entre l’immigration et l’émigration). Ce n’est plus le cas depuis la fin des années 1990. Il y a bien sûr des différences entre les pays, mais le nombre de pays de l’OCDE pour lesquels le solde migratoire est supérieur au solde naturel, tend à augmenter au cours des dernières décennies.

Dans les débats publics et politiques, la migration est souvent associée aux autres variables démographiques. Certains pensent, par exemple, qu’elle pourrait être une réponse naturelle ou nécessaire au vieillissement de la population. D’autres considèrent au contraire qu’il faut réduire la migration et encourager la fécondité. En revanche, dans les publications académiques en économie, les variables démographiques sont très souvent analysées séparément, ou, comme c’est le cas dans les modèles de croissance, regroupées dans une même variable : le taux de croissance de la population. L’objectif de cet article est de proposer une analyse unifiée des effets empiriques du solde naturel et du solde migratoire sur les revenus et les inégalités.

L’accroissement de ces dernières peut, en effet, engendrer des oppositions aux politiques d’ouverture des frontières et plus particulièrement aux politiques migratoires. L’article examine comme mesure des inégalités la répartition du revenu entre le capital et le travail, dont la relation avec la démographie a été peu étudiée. Il démontre que cette mesure est corrélée avec d’autres mesures comme la part des 10% des plus hauts revenus car le capital est plus concentré que le travail dans la population.

Les auteurs de l’article ont examiné empiriquement les effets des soldes naturel et migratoire sur le revenu par tête et sur la part du travail dans le revenu total. Ils ont estimé plusieurs modèles VAR sur un panel de 18 pays de l’OCDE entre 1985 et 2018. Cette méthodologie, permettant de contrôler pour l’endogéneité entre les variables démographiques et économiques, a été utilisée pour examiner les effets économiques de l’immigration et ceux sur la natalité.

Les résultats indiquent que la part du travail dans le revenu minimum diminue quelques années après un choc sur le solde naturel, mais augmente après un choc sur le solde migratoire. Cela suggère qu’outre les facteurs habituellement avancés dans la littérature[1], les facteurs démographiques jouent un rôle dans l’évolution observée de la part du travail. Ils vont toutefois dans le sens opposé aux facteurs économiques car la hausse du solde migratoire et le déclin du solde naturel ont plutôt contribué à stabiliser la part du travail dans le revenu.

L’article montre également que les inégalités de distribution de revenu ne sont pas affectées par un choc sur le solde naturel mais diminuent après un choc sur le solde migratoire. Ceci indique que les flux migratoires n’ont pas participé à la hausse des inégalités dans les pays de l’OCDE.

[1] La division internationale du travail, l’évolution du prix relatif des biens d’investissement, la technologie et l’évolution de la concurrence.