Publié le 25 juin 2026 Mis à jour le 25 juin 2026

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Idrissa Aladji Aya
Docteur en économie du développement
CERDI-UCA-CNRS-IRD

 

L’Afrique est l’une des régions les plus impactées par les conflits armés, ce qui ralentit considérablement sa croissance économique. La stabilité  de ces pays souffrent en conséquence, ce qui amplifie leur vulnérabilité. Une fois le conflit passé, un pays doit se reconstruire économiquement. Mais comment espérer une reprise économique après de tels dégâts ? Par quels moyens relancer la croissance économique ? 

En se basant sur des observations scientifiques déjà existantes, notre étude a identifié plusieurs scénarios possibles après une période de conflit. Dans la majorité des cas, un pays touché par la guerre rattrapera progressivement son niveau économique tel qu’il était avant le conflit. Dans d’autres cas plus rares, ce niveau de croissance retrouvé parviendra à dépasser celui qui était observé avant le conflit. Enfin, le pire scénario qui ait été observé consiste à voir le pays resté bloqué dans un  cycle de violence et d’instabilité, ce qui empêche toute reprise économique durable.

Les conflits armés étant malheureusement fréquents sur le continent africain, cette région du monde n’a pas eu d’autre choix que de développer une grande capacité de résilience économique face à de tels événements. Les économies africaines doivent se reconstruire continuellement, ce qui permet d’identifier les facteurs nécessaires à la reprise économique dans une situation de post-conflit, et les moyens d’arriver à une paix durable. 

Pourquoi analyser la résilience économique après un conflit armé ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les conflits armés se sont de plus en plus localisés dans les pays en développement, en particulier en Afrique subsaharienne. Ces conflits peuvent rencontrer des causes variées, mais tout conflit armé nécessite un financement, tout comme la période de reconstruction qui suit le conflit et qui permet de la transformer en une période de paix et de stabilité durables. 

Cette situation post-conflit reste toutefois instable. Or, pour garantir une reprise économique,  la stabilité globale du pays reste le premier paramètre à favoriser. Quels leviers sont à privilégier pour atteindre cet objectif ?

Pour redresser un pays : favoriser principalement les investissements et le commerce

Les statistiques montrent que la croissance moyenne du PIB en Afrique entre 1989 et 2023 est de 1,2 %. Pendant les périodes de conflit, cette croissance chute pratiquement à zéro (0,07 %). En revanche, durant les périodes post-conflit, le taux moyen de croissance atteint 1,8 %, ce qui suggère que la reprise économique est favorisée après la cessation des hostilités. 

Afin d’analyser l’effet du post-conflit sur la croissance des pays africains, nous prenons en compte les facteurs propres à ces pays qui représentent un avantage économique dans leur phrase de reconstruction. Parmi les facteurs déterminants, nous pouvons citer les ressources naturelles, la stabilité politique et l’absence de terrorisme, la capacité du gouvernement à atteindre ses objectifs, le taux de chômage et l’indice d’incertitude économique¹.

Notre étude montre que, le plus souvent, les pays touchés par la guerre retrouvent un taux de croissance économique équivalent à celui qu’ils avaient avant le conflit.. La croissance post-conflit, dans la majorité des pays africains, est estimée à 2,2 points de pourcentage. 

Cette reprise économique est favorisée majoritairement par les exportations commerciales, qui représentent près de deux tiers de la reprise économique. L’investissement joue également un rôle non-négligeable. Les investissements directs étrangers² contribuent positivement à la croissance grâce au transfert de technologies et de connaissances. 

Il faut tout de même garder à l’esprit qu’une reprise économique se doit d’être durable pour représenter un impact positif sur l’avenir économique du pays. Et cette durabilité est loin d’être garantie.

Reconstruire, oui, mais comment ré-instaurer une croissance durable ?

Une donnée importante entre en compte : le type, l’intensité et la durée du conflit. Les conflits particulièrement intenses et longs entravent fortement la reprise économique. 

En cas de reprise économique, rien ne garantit que celle-ci sera soutenable. Même si le pays continue de se développer, la croissance reste modeste : en moyenne de 2% à 2,5% sur une période de 5 ans. On peut en déduire que les conséquences des conflit armés persistent dans le temps et aggravent la vulnérabilité des pays concernés.

La croissance post-conflit reste donc volatile et très vulnérable aux chocs qui peuvent survenir par la suite (inflation, épidémie, catastrophe naturelle due au changement climatique...). La stabilité macroéconomique joue un rôle essentiel dans la reprise économique, afin de renforcer et promouvoir une paix durable dans la période post-conflit.

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¹ Cet indice mesure l’incertitude économique et politique dans les pays en se fondant sur la fréquence du terme uncertainty dans les rapports de l’Economist Intelligence Unit (EIU). Il permet d’avoir une idée du taux d’incertitude de la population d’un pays, notamment dans un contexte économique instable.
² Les investissements directs étrangers (IDE) sont les investissements qu’une institution résidente d’une économie effectue dans le but d’acquérir un intérêt durable dans une institution située dans une autre économie. Cela lui permet d’exercer une influence significative sur sa gestion dans le cadre d’une relation à long terme. (Définition de l’INSEE).

Référence de l'article publié

Idrissa Aladji Aya. (2026). Growth resilience after internal armed conflicts in African countries, Defence and Peace Economics, 1-19. Publié le 8 mai 2026.

Références

  • Collier, P. (2004). Greed and grievance in civil war. Oxford Economic Papers, 56(4):563–595.
  • Collier, P. and Hoeffler, A. (2002a). AID, Policy and Peace: Reducing the risks of civil conflict. Defence and Peace Economics, 13(6):435–450.
  • Collier, P. and Hoeffler, A. (2004b). Aid, policy and growth in post-conflict societies. European Economic Review, 48(5):1125–1145.