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Soutenance de thèse. Essais sur les problèmes environnementaux dans les pays en développement, analysés sous l'angle macroéconomique et microéconomique.
Pascale Motel Combes, professeure des universités Université Clermont Auvergne, Directrice de thèse.
Jean-Louis Combes, professeur des universités Université Clermont Auvergne, Co-directeur de thèse.
Gervasio Semedo, professeur des universités Université de Tours, Examinateur.
Samuel Guérineau, professeur des universités Université Clermont Auvergne, Examinateur.
Eric Rougier, professeur des universités Université de Bordeaux, Rapporteur.
Jean-Sébastien Pentecôte, professeur des universités Université de Caen Normandie, Rapporteur.
Résumé
Le changement climatique n’est plus uniquement perçu comme un enjeu environnemental, mais constitue aussi l’un des défis économiques majeurs. Les pays en développement subissent une double contrainte : une forte exposition aux risques climatiques et une capacité institutionnelle et financière limitée pour y faire face. Cette thèse analyse l’articulation entre vulnérabilité climatique et performance économique en adoptant une approche intégrée, à la fois macroéconomique et microéconomique. L’objectif central est d’évaluer comment les chocs climatiques influencent la dynamique de la dette souveraine, l’efficacité de la politique budgétaire, la sécurité alimentaire et la distribution du bien-être.
La thèse s’articule autour de quatre essais. Le premier essai analyse la relation entre vulnérabilité, résilience climatique et coût de l’endettement souverain dans des pays développement sur la période 1995–2021. Les estimations en panel montrent que la vulnérabilité climatique accroît significativement les spreads obligataires, tandis que la résilience les réduit. L’effet de la résilience apparaît asymétrique et plus puissant, ce qui suggère que l’investissement dans la capacité d’adaptation et la qualité institutionnelle procure des dividendes financiers tangibles. Ces résultats indiquent que les marchés financiers intègrent progressivement les risques climatiques dans l’évaluation du risque souverain, renforçant ainsi les contraintes budgétaires des pays vulnérables. Le deuxième essai étudie les multiplicateurs budgétaires en Afrique subsaharienne. L’analyse met en évidence la non-linéarité des multiplicateurs : les chocs budgétaires modérés génèrent les effets les plus importants sur la production, tandis que les chocs trop faibles ou trop importants produisent des résultats atténués voir négatifs. Les multiplicateurs liés à l’investissement public sont plus élevés et persistants que ceux de la consommation publique, mais leur efficacité est réduite lorsque le financement repose sur une dette excessive ou une fiscalité distorsive. Ces résultats soulignent la nécessité d’adapter les stratégies budgétaires aux spécificités des économies africaines fortement exposées aux chocs climatiques. Le troisième essai porte sur le Tchad, pays sahélien particulièrement vulnérable à la variabilité climatique. À partir d’un pseudo-panel, l’étude montre que l’insécurité alimentaire est persistante et structurelle, avec peu de mobilité ascendante entre les catégories. Les chocs pluviométriques et la hausse des températures accentuent cette insécurité, tandis que les stratégies d’adaptation des ménages (vente de bétail, réduction de la consommation alimentaire, déscolarisation) aggravent souvent les pièges de pauvreté à long terme. Ce constat souligne l’insuffisance des mécanismes de survie de court terme et la nécessité d’investir dans des politiques structurelles d’adaptation, notamment l’irrigation, l’éducation et la diversification des revenus. Le quatrième essai mobilise un modèle de microsimulation pour évaluer les effets distributifs des chocs climatiques au Gabon. Les résultats montrent que les ménages les plus pauvres sont les plus affectés, du fait de la part élevée de l’alimentation et de l’énergie dans leurs dépenses. Les scénarios d’adaptation réduisent les effets négatifs mais exigent d’importantes ressources budgétaires, illustrant la tension entre contraintes financières et équité sociale. Cet essai démontre comment des chocs macroéconomiques se traduisent par des impacts différenciés sur le bien-être des ménages.
Dans leur ensemble, ces quatre essais confirment le caractère transversal du risque climatique. Ils montrent comment la vulnérabilité climatique est intégrée dans les marchés financiers, comment elle contraint l’efficacité des politiques budgétaires, comment elle entretient l’insécurité alimentaire structurelle et comment elle accentue les inégalités distributives.
Mots-clés
Politique budgétaire, politiques environnementales, dette, sécurité alimentaire, microsimulation.