Objectif 

Ce programme de recherche innovant vise à étudier les cryptomonnaies et le rôle qu’elles pourraient jouer dans la création d’un écosystème monétaire décentralisé qui s’appuie sur une technologie blockchain.  

Le projet est porté par Ariane Tichit, maîtresse de conférences de l’Université Clermont Auvergne, chercheuse au CERDI. Pascal Lafourcade, chercheur en informatique au LIMOS, le laboratoire d’informatique, de modélisation et d’optimisation des systèmes de l’UCA collabore à ce projet de recherche pluridisciplinaire.   

Repenser la monnaie : de l’unité unique à la pluralité des valeurs 

Dans les systèmes économiques contemporains, la monnaie ne se limite pas à un moyen d’échange : elle constitue avant tout une unité de compte, c’est-à-dire un dispositif de mesure de la valeur des activités humaines. Cette fonction est centrale, car elle structure les incitations, oriente les comportements et conditionne l’accès aux ressources. 

Aujourd’hui, cette mesure repose principalement sur une unité unique, liée à la création monétaire bancaire, qui valorise prioritairement les activités générant des revenus monétaires. Ce cadre tend à invisibiliser d’autres formes de contributions essentielles, notamment sociales et environnementales. 

Depuis 2008, le développement des monnaies alternatives et des cryptomonnaies ouvre la possibilité de redéfinir les critères de valorisation des activités humaines. Certains dispositifs expérimentent déjà la reconnaissance de contributions telles que la coopération, l’engagement citoyen ou la préservation des écosystèmes. 

Le projet CRYPTORG propose d’aller plus loin en concevant un écosystème multi-monétaire, fondé sur une pluralité d’unités de compte définies de manière décentralisée par des communautés. L’objectif est de permettre la coexistence de différentes mesures de la valeur, non en concurrence mais en complémentarité. 

Un enjeu central du projet concerne les conditions de conversion entre ces unités. Une convertibilité totale risquerait de recréer une hiérarchie entre elles. Le projet explore donc des mécanismes de convertibilité limitée et de non-fongibilité, afin de préserver la diversité monétaire et l’autonomie des différentes sphères de valeur. 

Développer une solution technique au service de la pluralité monétaire 

L’équipe dirigée par Pascal Lafourcade développe une infrastructure blockchain destinée à soutenir un écosystème multi-monétaire. Les travaux portent sur des mécanismes assurant la traçabilité des unités et explorant des formes d’interopérabilité sans fongibilité généralisée. 

L’objectif est de garantir la sécurité des échanges, le respect de la vie privée et la coexistence de différentes unités de compte, dans un cadre décentralisé 

Équipe 

CERDI 


Ariane Tichit

UCA, CERDI (porteuse du projet) 



Camille Giron
UCA, CERDI

Sébastien Marchand
UCA, CERDI

LIMOS 


Pascal Lafourcade

UCA 
 


 

Méthode  

Modélisation économique 

L’étape conceptualisation permettra de définir le fonctionnement d’un écosystème multi-monétaire fondé sur les cryptomonnaies communautaires. Ce volet est mené par Ariane Tichit et Camille Giron (UCA, CERDI).  

La modélisation économique utilise les outils de l’analyse systémique pour la réflexion et la conception d’un écosystème multi-monétaire décentralisé et démocratique. Cette méthode, utilisée dans de nombreux domaines, permet d’analyser les différentes interactions entre les éléments d’un système et d’améliorer son fonctionnement. Elle sera utilisée pour concevoir un système économique garantissant l’équité sociale et économique.  

Développement de la blockchain 

Le projet ne vise pas à développer une seule monnaie, mais une infrastructure permettant la coexistence de plusieurs cryptomonnaies. Les travaux portent sur la conception de blockchains capables d’assurer la traçabilité des unités et de leurs usages, condition nécessaire pour limiter leur fongibilité.  

Le protocole s’appuie sur des mécanismes d’évaluation distribuée et de réputation, inspirés notamment des travaux sur Backfeed, afin de permettre une validation et valorisation décentralisées des contributions. Un enjeu central consiste à proposer des formes d’interopérabilité entre blockchains sans aboutir à une convertibilité généralisée, susceptible de recréer une hiérarchie entre unités.

Comme contribution théorique, Pascal Lafourcade et Marius Lombard-Platet ont mis en lumière les difficultés d’interopérabilité entre blockchains dans leur article « About Blockchain Interoperability » paru dans Information Processing Letters en septembre 2020.   

L’objectif est ainsi de garantir la sécurité des échanges, le respect de la vie privée et le maintien d’un écosystème monétaire décentralisé et pluraliste. 

In fine, la solution technique permet de garantir le respect des règles de sécurité, de valider les actions des acteurs économiques et de préserver un fonctionnement décentralisé fondé sur une pluralité de sphères de valeur. 

Projet de recherche participatif  

Les étudiants de la 3e année de licence en administration économique et sociale de l’Université Clermont Auvergne sont impliqués dans le projet de recherche. Dans le cadre de leur cours en économie territoriale, ils seront amenés à expérimenter le modèle en testant plusieurs scénarios. Cela permettra de valider le fonctionnement technique de l’outil et de confirmer la pertinence du modèle économique. 

Partenaires  

Le programme de recherche Cryptorg est financé par le programme France relance, l’Agence nationale de la recherche (ANR) et le CNRS via le programme 80|Prime pour 2025-2027. Ce programme, coordonné par la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS, soutient le projet Cryptorg, en finançant notamment un contrat doctoral de trois ans.